Le rêve de Cassandre

Film américain
De : Woody Allen
Avec : Hayley Atwell, Colin Farrell, Sally Hawkins, Ewan McGregor, Tom Wilkinson
Genre : Thriller
Durée : 1 h 43
Date de sortie française : 31 octobre 2007
Synopsis
Ian travaille dans le restaurant de son père mais ses ambitions sont toutes autres. Il rêve de faire fortune dans l’immobilier. Ses aspirations se font plus pressantes lorsqu’il rencontre la femme de ses rêves. Terry, son frère, est garagiste. Il arrondit ses fins de mois grâce aux jeux de hasard. Un jour, il perd une forte somme et se retrouve dans une impasse. Les deux hommes doivent trouver de l’argent et vite. Ils s’adressent alors à Howard, leur richissime oncle. Ils sont loin d’imaginer ce que ce dernier va leur demander en échange.
Notre avis
Le plus européen des réalisateurs américains est de retour avec son troisième long métrage tourné à Londres. Les aventures cinématographiques de Woody Allen en Angleterre ont débuté il y a deux ans. En 2005, il crée la surprise avec Match point, un drame terriblement noir et efficace, bien loin de l’atmosphère légère de ses précédents films (Melinda et Melinda, Anything else…). Puis, en 2006, c’est Scoop, une comédie loufoque, du pur Woody Allen. Aujourd’hui, le réalisateur déjanté nous propose Le rêve de Cassandre. Et, une fois de plus, il est là où on ne l’attend pas.
Son nouveau film est un sombre mélodrame dans la lignée de Match point. Si Woody Allen brouille les pistes, se met en scène le temps d’un Scoop avant de plonger dans les abîmes de la noirceur, c’est qu’il peut se le permettre ! Car Le rêve de Cassandre est un petit chef-d’œuvre savamment orchestré. Après un générique sobre sur fond de musique classique, Woody Allen s’attache à mettre en place son intrigue. Tel un joueur d’échecs, il place ses pions méticuleusement. Maître Woody enchaîne les scènes courtes et efficaces. L’intrigue démarre tambour battant. Notre homme sait ce qu’il fait, pas le temps de gâcher de la pellicule. Plutôt que de faire son marché à Hollywood, le réalisateur pioche dans les produits locaux (ou presque). Un choix judicieux qui se révèle très vite payant : le duo Ewan McGregor/Colin Farrell est tout simplement bluffant.
On jurerait qu’ils sont frères ces deux-là. Ian, le jeune homme ambitieux à l’énergie débordante et Terry, le mécano qui pimente sa vie de paris hasardeux. Car au-delà de leurs talents d’acteur, ce duo est une combinaison gagnante. Non seulement le lien de parenté semble possible physiquement mais en plus les deux acteurs ont l’apparence de leurs personnages respectifs. Le regard malicieux et la silhouette fine d’Ewan McGregor donnent vie à Ian en un clin d’œil. Terry, lui, est freiné par un physique plus lourd. Bien qu’il aime les sensations que lui procure le jeu, il est loin d’être un aventurier. Le regard triste et la moue boudeuse de l’acteur font ressortir les appréhensions du personnage. La panique et l’angoisse, il connaît, Colin Farrell. Il nous l’a prouvé dans Phone game. Sans surprise, il est à nouveau très bon lorsque Terry perd les pédales.
S’il est légitime de s’attarder sur le duo vedette, il ne faudrait pas oublier celui sans qui rien n’aurait été possible. Car l’élément clé du film, celui qui change la donne, c’est Howard. L’oncle fortuné de Ian et Terry prend ses neveux au piège lorsque ces derniers lui demandent un service. Ils voyaient en lui la clé de leurs soucis mais la réalité s’avère bien plus compliquée. Tom Wilkinson nous offre une prestation criante de justesse lors de la petite réunion improvisée dans le parc avec Ian et Terry. A la fois drôle et terrifiant, il révèle la personnalité réelle de son personnage, jusque-là dissimulée derrière des liasses de billets.
Certes Le rêve de Cassandre ne brille pas par l’originalité de sa trame. Mais à travers cette histoire, Woody Allen propose une réflexion sur la signification du lien familial, la notion d’appartenance. Le bateau que s’offrent Ian et Terry, celui-là même qui a donné son nom au film, est le symbole du lien qui unit les deux frères. Vous l’aurez compris, c’est un film à ne pas manquer. Mr Allen clôture son aventure britannique d’une main de maître. Il ne reste plus qu’à espérer que l’Espagne, où il tourne son prochain film, l’inspirera tout autant.
David Rich

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