It’s a free world !
De : Ken Loach
Ecrit par : Paul Laverty
Avec : Kierston Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek
Genre : drame
Durée : 1 h 33
Date de sortie en France : 2 janvier 2007
Synopsis
Angie, la trentaine bien tassée, travaille dur dans une agence d’intérim londonienne. Les années passent et la jeune femme continue d’enchaîner les petits boulots dans l’espoir de faire carrière et de récupérer son fils qui vit temporairement chez ses parents. Lorsqu’elle se fait à nouveau licencier, c’en est trop. Elle décide de lancer sa propre affaire. Avec sa colocataire, elle monte une boîte de recrutement. Après des années de galère, Angie devient enfin son propre patron mais le projet s’avère plus compliqué que prévu et le revers de la médaille va vite se faire sentir.
Notre avis
En mai 2006, le festival de Cannes est frappé par une tornade venue d’outre-Manche. “ Le vent se lève ”, dernier film en date du réalisateur anglais Ken Loach, obtient, à l’unanimité, la Palme d’or. Le drame historique sur la guerre d’indépendance irlandaise balaie tout sur son passage, y compris quelques poids lourds du cinéma tels Pedro Almodovar, Sofia Coppola ou Alejandro González Inárritu, pour obtenir la récompense ultime. Il serait pourtant réducteur de résumer l’œuvre de Ken Loach à ce film, compte tenu de la riche filmographie du cinéaste (une trentaine de longs métrages), de sa longue carrière (premier film en 1964) et des nombreuses récompenses accumulées(Hidden agenda, Raining stones, Sweet sixteen et Regards et sourires ont tous obtenus des prix à Cannes).
Avec deux prix aux BIFA (British independent film awards) fin novembre, son nouveau film, It’s a free world !, s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de réalisateur. Il s’agit d’un drame social engagé et très actuel, la marque de fabrique du cinéaste britannique en somme. Ken Loach s’attaque cette fois au travail temporaire qui s’est généralisé avec l’Europe et les réformes libérales du gouvernement Blair au point de créer la polémique. Alors que les travaillistes affirment avoir réussi à enrayer le chômage, l’opposition, à gauche, dénonce une fausse solution basée sur une précarisation de l’emploi. Une polémique qui a refait surface en France, durant la campagne présidentielle, lorsque Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir s’inspirer du modèle britannique.
Pour révéler au grand jour la face cachée du “ miracle anglo-saxon ”, Ken Loach a choisi Londres pour sa mixité sans pareil. It’s a Free world ! est un inventaire des catégories socioprofessionnelles touchées par la précarité. Le film raconte l’histoire d’une victime qui se transforme en bourreau. Angie croit qu’en montant sa boîte, elle pourra allier profits et conscience professionnelle mais, très vite, le poids de la concurrence et l’appât du gain vont avoir raison de ses grands principes. Dans un milieu où le travailleur est une marchandise, elle doit s’adapter pour survivre. Elle exploite des ouvriers dits “ légaux ” avant de s’aventurer sur le marché des immigrés clandestins. Alors qu’elle essaie d’assurer la viabilité de son entreprise, elle met le doigt dans un engrenage.
Avec la subtilité qu’on lui connaît, Ken Loach se garde de faire de son personnage principal un monstre. Angie est une personne ambitieuse que les circonstances vont faire sombrer dans l’opportunisme. Lorsqu’elle se retrouve elle-même victime d’une escroquerie, elle ne peut payer la main-d’œuvre. Lorsqu’elle a finalement assez d’argent, elle se retrouve confrontée à un dilemme moral. Certes, elle a des dettes mais elle aimerait tellement avoir enfin avoir les moyens de vivre avec son fils…
Ken Loach révèle les travers du libéralisme anglais à travers un film nuancé et une réalisation soignée. Alors qu’Angie, telle une funambule, évolue à la frontière de la légalité, le suspense opère. Le spectateur observe, captivé, sans jamais deviner le dénouement de l’histoire. Certains diront que le regard du cinéaste est trop pessimiste – on a parfois l’impression que tout est de la faute du système en place –, d’autres salueront le réalisme du propos. Au final, It’s a free world ! déclenchera la polémique, tout comme le thème qu’il aborde.
David Rich


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