La folie du poker, c’est pas du bluff !

Emissions de télé, livres, DVD, sites Internet, mallettes de jeu, magazines spécialisés… le poker est à la mode. On y joue entre amis, en ligne ou entre pros. Folie douce ou folie dure ?
En France, le nombre de joueurs réguliers se situerait entre 100 000 et 500 000, selon les sources. Le poker est devenu en moins de cinq ans un véritable phénomène de société. Les chaînes de télé se font le relais de son succès, et les tournois de Hold’Em No Limit ouvrent au public les portes du monde du bluff… et des casinos de Las Vegas, entre autres. Pourquoi ce jeu est-il devenu aussi populaire dans le monde entier ?
Alix, journaliste, joue depuis plus de six mois. C’est au Pérou, à Cuzco, dans des conditions quelque peu exotiques, qu’elle a appris les règles. Elle n’était pas joueuse avant et ne connaissait pratiquement aucun jeu de cartes. Aujourd’hui, elle se rend à des parties de poker environ deux à trois fois par mois chez des amis. Pour son copain Xavier, c’est un peu différent. Fan de jeux de cartes depuis qu’il est tout petit, il s’est mis au poker il y a environ deux ans. Aujourd’hui, il joue environ deux fois pas semaine. Quant à Julien, il est accro au poker comme il l’a été aux échecs : aujourd’hui, il est joueur semi-pro !
Une nouvelle donne avec Internet
Le boom du poker est d’abord lié à Internet. En effet, même si les paris sont interdits en France, chacun peut s’initier facilement sur des sites basés à l’étranger. Le plus célèbre : www.partypoker.com. Et les joueurs sont toujours plus nombreux chaque année. Pour ces salles de jeux virtuelles, c’est le pactole : leur chiffre d’affaires explose (jusqu’à 600 millions de dollars). Elles organisent régulièrement des tournois en ligne, où l’on peut y gagner parfois des cagnottes dépassant le million de dollars. Certains joueurs en ont même fait leur gagne-pain. C’est ainsi que Julien, joueur semi-professionnel a débuté il y a à peine un an. Aujourd’hui, selon ses dires, il gagne en moyenne 3 500 euros par mois. Autre conséquence : dans les tournois, en ligne et en live, la donne a changé. Les participants sont très différents. Et il n’est pas rare que de grands limiers, rompus au jeu depuis vingt ans, se fassent éliminer par de jeunes amateurs aguerris sur le Net.
La télé, et notamment les chaînes du câble, ont relayé cette mode lancée par Paris Première en 2004 et poursuivie par Canal+ et son chroniqueur fétiche Patrick Bruel, qui a remporté en 1998 un titre de champion du monde. Résultat : un vrai business s’est créé autour du poker. A Noël 2006, les mallettes de jeux estampillées Patrick Bruel se sont vendues comme des petits pains. Tout comme les DVD Poker Coach, les retransmissions des tournois WPT (World Poker Tour), ou les manuels consacrés à l’apprentissage du poker (Le poker pour les nuls…) ” Avec mon copain, on regarde régulièrement les DVD des tournois WPT commentés par Patrick Bruel. Regarder les champions qui jouent, ça aide à améliorer son propre jeu “, explique Alix.
De plus en plus de stars s’intéressent à ce jeu… ce qui attire les médias ! Le poker connaît également un succès croissant auprès de la gent féminine. Elles représentent 40 % des joueurs sur le Net. Mais au stade des tournois, leur nombre se réduit comme peau de chagrin. Manque de disponibilité ? Timidité ? Leur absence témoigne en tout cas d’un certain machisme qui règne encore dans ce milieu.
Chance, stratégie… et adrénaline !
Certains disent que ce jeu apporte argent, gloire, reconnaissance et même pouvoir. Mais limiter ce phénomène à une reconstitution de Dallas paraît un peu succinct. Une des premières raisons de sa popularité : la simplicité des règles. Dès lors, tout le monde a sa chance. Mais comme le précise Xavier, ” Si le jeu est simple à apprendre, il faut toute une vie pour le maîtriser. Il faut savoir maîtriser le jeu des autres autant que le sien. ” Autre raison non négligeable, le facteur chance. En effet au poker, rien n’est joué d’avance et le talent ne fait pas tout. ” Ce qui m’a plu, c’est ce mélange de stratégie et de chance. C’est un jeu assez complexe faisant intervenir la logique et les mathématiques. Car il n’y a pas une seule façon de jouer. Chacun a sa stratégie “, commente Alix.
Et comme tout jeu, celui-ci fait appel à la convivialité. Car le poker ne se joue pas qu’à distance et de façon impersonnelle. Les cercles de jeux parisiens accueillent de plus en plus de joueurs passionnés, souvent jeunes. Aujourd’hui, les amateurs se réunissent entre amis pour des soirées poker, comme autrefois on se réunissait pour des soirées DVD : la convivialité avant tout. Ce qui n’empêche pas de miser de l’argent. Xavier explique qu’il joue ” toujours de l’argent, sinon il n’y a pas d’intérêt “. Alix précise : ” On joue des petites sommes, entre 5 et 10 euros. C’est important qu’il y ait une petite mise, sinon tout le monde se mettrait à bluffer, et à faire n’importe quoi… ”
Ce jeu est aussi un bon moyen, selon elle, de connaître la face cachée du caractère des amis : qui reste calme quoi qu’il arrive ? Qui s’énerve au moindre petit revers de fortune ? Qui ne cesse de bluffer ? Voilà le mot magique : le bluff est bien l’une des clés du jeu. ” Il faut savoir y aller, même quand on n’a pas toutes les cartes en main. C’est aussi important de savoir quand on peut le faire, en fonction du nombre de joueurs présents, en fonction des cartes qu’on a, en fonction de celles qui sortent…” Et il n’est pas toujours facile de rester maître de soi. Le moindre geste, tic ou signe d’inquiétude sera forcément utilisé contre vous. Et là, le cœur bat un peu plus fort. L’adrénaline est au rendez-vous : Alix, Xavier et Julien s’accordent sur ce point. Des sensations fortes auxquelles il est facile de devenir accro !
Aurélie Chauveau
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