On s’est rencontrés sur le Net… et ça marche !

Avec un ordinateur, une webcam, un appareil numérique, une messagerie instantanée, on peut se trouver un partenaire, pour quelques minutes, quelques jours ou une seule nuit. Qui va plus loin ? Comment ? Témoignages.
Deux femmes, un homme, trois personnages en quête d’histoire ont confié leurs envies à un nouveau genre bouteille à la mer : les sites de rencontres d’Internet. Ils affirment que pour eux, ça marche.
Love, sexe et indépendance
« Un après-midi, je suis rentrée chez moi à l’improviste, confie Janine, une ronde sexagénaire bien dans ses formes, mon mari qui se reposait la journée car il travaille le soir dans une brasserie, était couché…avec une dame que je ne connaissais pas. Tout n’était pas rose entre nous, ça n’a pas traîné. » Le mari se retrouve dehors avec ses affaires, les serrures sont changées et Janine se retrouve seule. « Esprit de revanche, sans doute, explique-t-elle, je me suis immédiatement inscrite sur un site de rencontre, sans aucune espèce de honte. A mon âge, on ne cherche pas le prince charmant, mais un compagnon tolérant et respectueux. Je travaillais beaucoup et je ne voulais plus vivre avec quelqu’un. Je me suis permis d’être exigeante. Après avoir éconduit les retraités qui cherchaient une garde-malade, les jeunes qui voulaient en finir avec leur Œdipe, j’ai noué une relation passionnante avec un Luxembourgeois, Michel, en pleine force de l’âge, divorcé aussi, et soucieux, comme moi, de préserver son indépendance. »
Cela fait cinq ans que ça dure. Janine ne se lasse pas. « Michel est généreux, attentionné. Nous passons des week-ends ensemble, des vacances, nous prenons des trains et des avions pour nous rejoindre, une fois chez l’un, une fois chez l’autre. Sinon, nous parlons beaucoup au téléphone, vive Skype et Messenger, vive l’informatique. »
Pour les deux, c’est bientôt la retraite, ils envisagent un toit commun où leurs enfants respectifs pourront les rejoindre à tour de rôle. « Mais ça sera une résidence secondaire, précise Janine, tant que nous en aurons les moyens. Je n’ai pas envie de faire d’une vraie histoire d’amour, un pacte économique, ni de retomber dans les travers de la vie quotidienne, et encore moins que notre sexualité s’affadisse. » Regard pétillant et petit clin d’œil.
Quatre enfants et un mariage
Sophie travaille dans le cinéma. Elle a 38 ans lorsque son compagnon, père de sa fille, meurt d’un cancer. Travail, éducation de l’adolescente, Sophie émerge de dix lourdes années de deuil et elle approche la cinquantaine. « Ce n’était pas tant l’âge qui me gênait, raconte cette petite brune mincissime, c’est qu’autour de moi, un monde de jeunes s’était approprié la planète Terre. Il y avait un décalage entre eux et moi. Comment dans ces cas-là, faire des rencontres ? Je ne sortais jamais ou j’étais partie pour de longues semaines de tournage, laissant ma fille à ma mère. Je rentrais crevée. Je rêvais vraiment d’une vie à deux. » Ne supportant plus la solitude, Sophie songe un moment à faire appel à une agence de rencontres pour célibataires : « J’ai tenté quelques soirées, je m’y sentais mal, avoue-t-elle, il y avait un côté foire aux bestiaux qui me déplaisait. »
C’est en surfant sur un portail, qu’elle découvre une bannière pour un site de rencontre. « Je suis une femme, je cherche un ami, je crée mon pseudo, j’esquisse le portrait robot d’un homme que j’aimerais rencontrer. Je me dépeins sous le meilleur jour, je rédige mon message. Je mets ma photo en ligne. » Au début, Sophie va de déception en déception. Dès qu’elle a accès à un ordinateur, elle vérifie le nombre de flashs, de visites, d’emails, … Ecoeurée par les demandes de rendez-vous « coquins » ou de tchats graveleux, Sophie solde son compte et s’inscrit sur un autre site. Elle attendra peu : « Je m’y prenais mieux, je ne répondais pas à tout le monde, je refusais les messageries instantanées, je ne donnais plus mon vrai nom. J’ai accepté deux rencontres dans un café, la deuxième était la bonne. ». Frank, cadre dans une administration, père de trois jeunes gens, sort d’un humiliant divorce. Il cherche la paix, la sérénité. « Un coup de foudre, s’extasie Sophie, nous nous sommes d’abord promenés dans un parc. Lors de notre rencontre suivante, ça a été le ciné et un dîner. La troisième fois, je l’ai invité chez moi. Il est arrivé avec des fleurs. J’ai craqué. Nous avions envie de faire l’amour tous les deux, doucement, sans nous presser. » Une liaison qui dure plusieurs mois. Sophie habite Paris, Franck une lointaine banlieue. C’est lui qui suggère un rapprochement définitif. Sophie est aux anges. Sa fille donne son accord. Elle sera témoin au mariage qui a lieu en septembre. « Je suis très fleur bleue, confie Sophie dans un sourire, j’ai toujours rêvé de me marier, je ne l’avais jamais été. Et puis, j’avais tellement besoin de tendresse.». Une femme comblée.
Liaison pas fatale
Le cas de Marco est plus complexe. Loin du conte de fée, il entretient une liaison très cadrée avec une femme mariée et mère de famille. « Nous avons fixé des règles presque plus rigides que celles d’un vrai mariage, explique ce séduisant méditerranéen à l’œil de velours, nous y sommes contraints par le mensonge vis-à-vis de nos conjoints. C’est simple, uniquement à l’hôtel, quelquefois à mon bureau quand j’y travaille seul, jamais une nuit toute entière, évidemment pas de week-ends, ni de vacances. Seul rituel festif : un pique-nique, une bonne bouteille de vin. ». Pas très romantique tout ça ? « Si on veut, reconnaît Marco, j’ai une sexualité débordante, ma femme, c’est tout le contraire, elle est toute à son travail, nos enfants sont petits, pas question de nous séparer. D’ailleurs, elle ignore tout de ma coupable activité. Ma partenaire, Anne, est comme moi. Nos premiers échanges sur un site de rencontre ont d’emblée été très « chauds ». Sa vie de couple est routinière mais très confortable. Nous sommes prêts à cet « arrangement », comme le décrivait Elia Kazan. » Il avoue apprécier beaucoup son « amante ». « Nous avons les mêmes besoins, beaucoup de goûts en commun. Elle est capable de m’envoyer des mails très érotiques et de recevoir les miens avec recul et humour. On se téléphone longuement. Elle connaît toute ma vie et me parle beaucoup de la sienne. » Détail qui a peut-être son importance : Anne a dix ans de plus que Marco. Quand ils se voient, Marco ressent un véritable état amoureux : « Je ne sais pas si nous nous plaisons, mais nous nous attirons comme des aimants. Lorsque nous nous séparons, il y a comme un déchirement, je me sens en lambeaux et nous ne savons jamais précisément quand nous allons nous retrouver. Nos agendas et nos familles priment.»
Ici, pas de Happy Ending en vue, mais certainement une morale à l’histoire : « Anne est mon unique entorse à la vie conjugale, souligne Marco ». Fidélité, quand tu nous tiens….
Patrick Mandel

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