Le Stark système
Philippe Starck ne se démode pas. Quarante ans après ses débuts, le plus grand designer français en activité vend toujours ses nombreuses créations comme des petits pains. Analyse d’une success story.
C’est certainement le designer vivant le plus connu, aussi bien en France qu’à l’étranger. Pour acquérir cette immense notoriété, ce personnage brillant a su exploiter son talent autant que son image.
Un personnage fascinant
Révélé au grand public en 1979 quand il fonde la société Starck Product, le créateur a su exploiter le souffle de renouveau qu’il a incarné. Au début des années 1980, le jeune surdoué devient la coqueluche de clubs et d’hôtels prestigieux. Les Bains Douche et le café Costes, à Paris, ou le Royalton et la Paramount, à New York, lui confient leur décoration. En 1983, Starck est même choisi par François Mitterrand pour relooker ses appartements privés à l’Elysée. Pour le créateur, les succès s’enchaînent et les récompenses s’accumulent. L’hôtel Delano, à Miami, la boutique de Jean-Paul Gauthier, à Paris… une longue liste qui montre que, depuis trente ans, son carnet de commandes ne se désemplit jamais.
Mais Starck n’est pas un designer ordinaire. Le créateur ne s’est jamais contenté d’exécuter sagement ses missions. Depuis ses débuts, il n’est jamais là où on l’attend. Excentrique, provocateur, l’homme joue le mythe romantique de l’artiste à chacune de ses apparitions publiques. Son enfance insolite, sous la table de travail de son père dessinateur d’avions, son passé de cancre, sans cesse renvoyé d’une école à l’autre, contribuent à convaincre que le design était pour cet esprit surdoué et singulier une voie toute tracée. Starck vit dans un monde à part. Un univers sobre où l’homme est proche de la nature. Où l’esthétique, toujours fondamentale, prime parfois sur le confort mais sert toujours la fantaisie et le bien-être.
Un univers que l’on a envie de s’approprier, d’autant plus que le surdoué semble paradoxalement proche du commun des mortels. Il n’est pas n’importe qui et pourtant, sous ses airs franchouillards, Starck est accessible. Régulièrement, il se confie, évoque ses rêves, ses envies qui sont aussi les nôtres.
Des brosses à dents aux meubles, il est partout
Tout ce qu’il dessine, nous avons envie de l’intégrer dans notre quotidien. Starck l’a compris. Dès les années 1980, il a commencé à concevoir toutes sortes d’objets du quotidien. Meubles fabriqués en série, mais aussi ustensiles de cuisine, petits objets divers signés Philippe Starck ont été vendus en masse à des prix accessibles. Si bien que, finalement, l’on pense surtout à lui comme au créateur qui a démocratisé le design.
Cet engouement des classes moyennes a construit son image de marque, utilisée par de grandes enseignes pour dépoussiérer une étiquette désuète. De nos brosses à dents aux pâtes ou à la bûche de Noël, Starck est partout, comme une évidence. Ne pas aimer Starck, cela devient presque un crime de lèse-majesté. Si bien que, peu à peu, une overdose se fait sentir dans le milieu du design. Le respect est toujours là, mais l’on espère à nouveau l’ascension d’un designer surdoué et charismatique, capable de nous sortir du “ Starck système ”.
En 2003, la rétrospective de son œuvre à Beaubourg aurait pu être la consécration ultime. Celle qui aurait signé un départ en beauté. Mais Philippe Starck n’a pas dit son dernier mot. Il veut encore faire partie de notre quotidien. “ Circulez, y a rien à voir ”, pouvait-on entendre dans les salles. “ Mon musée, c’est votre salle de bain, votre salon ”, expliquait le créateur. Starck, décidément, refuse tout processus de muséification. Il veut encore faire partie de notre quotidien.
Pour cet article, nous avons demandé des illustrations des grandes créations du designer au service de presse de sa société, la réponse a été négative. Notre demande n’a pas été exaucée. “ Nous préférons que vous utilisiez des images plus récentes ”, s’est-on vu répondre. Un poli refus, accompagné d’une sélection de créations 2007. Aujourd’hui encore, Philippe Starck et son équipe travaillent en moyenne sur 250 projets par an. De quoi alimenter les fans pendant quelques temps encore.
PHOTOS
Lit Privé (photo d’ouverture)
Cette année, la relance de la collaboration entre Philippe Starck et la marque Cassina a marqué le salon international du meuble de Milan. Véritable invitation au plaisir, le sofa collection privée Cassina a séduit par ses lignes épurées. Finition en cuir blanc ou noir. Visible à partir du 22 janvier 2008 au show room de Cassina au 236 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris ou sur le site de la marque : www.cassina.com. Prix conseillé : 8 750 euros.
Tabouret napoléon
Ce tabouret, qui ressemble à un jouet, est le second compère du trio de tabourets nains de jardin créé par Philippe Starck pour le lobby de l’hôtel St Martin’s Lane de Londres. Utilisé comme siège d’appoint ou comme guéridon, cet objet qui rappelle l’extérieur donnera une touche verte et fantasque à votre salon urbain.Technopolymère thermoplastique peint.Hauteur 44 cm, diamètre 40 cm. Date de production : 1999. 184 euros.
Miroir-bibliothèque Frame
Miroir ? Bibliothèque ? Ce meuble est les deux à la fois. Jouant sur les codes classiques du miroir, Philippe Starck les détourne en offrant un miroir dont les différentes parties se transforment à votre gré en bibliothèque, bar ou autres étagères. Cette version, numérotée à 30 exemplaires, est dotée d’une image féminine à la limite de l’androïde. Cadre en bois massif d’acajou naturel et étagères pivotantes avec image gravée sur verre miroir. Largeur 114 cm. Profondeur 26/44 cm. Hauteur 200 cm. Date de production : 2007. 9 104 euros.
Pour en savoir plus sur l’actualité et les créations de Philippe Starck, vous pouvez consulter son site officiel : www.starck.com
A consulter aussi, le site de la boutique en ligne exclusivement dédiée à Philippe Starck : www.objectsby.com
Elise Grandjean


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