L’ennemi intime
Film français
De : Florent Emilio Siri
Avec : Benoît Magimel, Albert Dupontel, Aurélien Recoing
Durée : 108 min
Genre : Drame historique
Sortie française : 3 octobre 2007
Synopsis
Algérie, 1959. Au lendemain d’une opération militaire qui a mal tourné et coûté la vie à plusieurs hommes, le lieutenant Terrien prend le commandement d’une section française dans les hautes montagnes kabyles. Courageux et idéaliste, le jeune homme a des principes et compte bien les appliquer. Alors que les opérations militaires se multiplient, une relation particulière se crée entre Terrien et le sergent Dougnac, un militaire qui ne croit plus en rien. Confrontés à la dure réalité de la guerre, les deux hommes découvriront que l’ennemi, le vrai, n’est pas toujours celui qu’on croit.
Notre avis
Ce film nous offre un duo d’acteurs tout en prestance : Benoît Magimel et Albert Dupontel crèvent l’écran. Le premier impressionne comme d’habitude par l’intensité de son jeu, sa capacité à faire surgir les émotions sans avoir recours à la parole. Un regard, une expression suffisent à nous décrire l’état psychologique du personnage. Un style minimaliste parfaitement adapté au lieutenant Terrien. Le trapu et musclé sergent Dougnac, quant à lui, est un personnage complexe, bien loin des stéréotypes que l’on se fait du militaire. Dupontel s’y colle avec brio. L’acteur-réalisateur mélange charisme et finesse pour une prestation remarquable, pleines de nuances. Les rôles secondaires sont eux aussi à la hauteur. Aurélien Recoing, qui s’était notamment illustré dans 13 tzameti, est terrifiant de justesse dans l’uniforme de l’inflexible commandant Vesoul. On notera également la participation de Fellag, l’écrivain et acteur algérien pour une scène courte mais mémorable.
Côté forme, c’est un bijou visuel. Les décors – falaises, plaines, collines – sont filmés avec un sens artistique indéniable. Les plans aériens apportent au film une autre dimension ; c’est tout simplement grandiose. L’image a elle aussi été travaillée de manière à servir le sujet. Une image vieillie, aux couleurs magnifiques, grâce à l’utilisation de filtres. Un vrai travail d’orfèvre. Le résultat est aussi réussi que surprenant. Le réalisateur met en valeur la beauté et l’immensité du paysage pour mieux faire ressortir l’atrocité des affrontements. C’est dans ce paradoxe que réside l’originalité et la subtilité de L’ennemi intime. Plutôt que de réaliser un film de guerre classique, Florent Emilio Siri se joue des genres en filmant les scènes à la manière d’un western. Les musiques, dignes d’Ennio Morricone, contribuent à instaurer une atmosphère lourde, une tension de plus en plus insoutenable. La réalisation est elle aussi sans failles. Gros plans et zooms plongent le spectateur au cœur de l’action sans pour autant donner dans la surenchère. Au final, on n’en perd pas une miette. Chaque seconde est un régal.
Sur le fond, c’est un travail remarquable. Il faut dire que le réalisateur a travaillé en collaboration avec Patrick Rotman, historien, auteur et déjà réalisateur d’un documentaire baptisé L’ennemi intime. Spécialiste de la guerre d’Algérie, il nous livre une vision réaliste et nuancée d’un passage obscur de notre histoire. Un script prometteur que la caméra de Florent Emilio Siri transforme en feu d’artifice visuel. Ce dernier allie le fond et la forme avec talent. Il nous offre du grand spectacle et met en lumière une vérité qui dérange. Car L’ennemi intime, c’est avant tout l’histoire d’une guerre qui oppose des soldats aux siens, un pays à lui-même. Une initiative louable pour un film superbe. A ne manquer sous aucun prétexte.
David Rich


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