Darfour : du sable et des larmes

Poignant et engagé, ce documentaire analyse les causes et les conséquences du conflit au Darfour. Une œuvre instructive dont la Chine est étrangement absente.

Film américain
De : Paul Freedman
Avec : George Clooney, Nick Kristof, John Prendergast
Genre : Documentaire
Durée : 1 h 33
Date de sortie française : 20 août 2008
Synopsis
Situé à l’ouest du Soudan, à la frontière tchadienne, le Darfour est depuis plusieurs années le théâtre d’une guerre tribale destructrice. Les Jenjawids, des milices arabes soutenues par le gouvernement soudanais, terrorisent la population noire-africaine locale. On estime que cette guerre a d’ores et déjà occasionné la fuite de 2,5 millions de personnes et la mort de 400 000 civils. Ce documentaire retrace l’historique du conflit à travers le combat d’une poignée de militants et les interventions peu concluantes de la communauté internationale.
Notre avis
A l’origine de ce projet difficile et ambitieux, il y a tout d’abord le réalisateur américain Paul Freedman. Cet habitué du genre a parcouru le monde entier et réalisé de nombreux documentaires pour la chaîne History Channel. Après Rwanda – Do scars ever fade?, un reportage sur le génocide rwandais qui lui a valu de nombreuses récompenses, le cinéaste a décidé de s’intéresser au Darfour, souvent considéré comme « le premier génocide du XXIe siècle ».
A ses côtés, on retrouve la star hollywoodienne George Clooney. Pour mobiliser l’opinion sur la situation au Darfour, l’acteur ne s’est pas contenté de prêter sa voix au documentaire et d’en être le producteur exécutif. Cela fait des années qu’il se bat pour une plus grande médiatisation du conflit à travers son association (Not on our watch). Le documentaire bénéficie de quelques témoignages passionnants dont celui de Nick Kristof, chroniqueur au New York Times et l’un des premiers journalistes à s’être rendu à la frontière tchadienne auprès des populations déplacées.
Darfour : du sable et des larmes plonge le spectateur au cœur des camps de réfugiés. Seules les femmes peuvent s’en éloigner sans risquer leurs vies. Régulièrement, elles bravent le danger pour aller chercher bois et nourriture. Aux abords du camp, viols, brimades et humiliations en tout genre sont monnaie courante. Par l’intermédiaire d’une bénévole, le réalisateur parvient à arracher quelques mots à ces femmes pudiques et courageuses qui se réfugient chaque jour un peu plus dans le mutisme.
George Clooney se révèle être un narrateur efficace. Il parvient notamment à expliquer de manière concise les origines du conflit en s’appuyant sur des images d’archives. Paul Freedman confronte le spectateur aux atrocités de la guerre en utilisant des images choc. Son objectif est clair : mobiliser l’opinion publique pour pousser la communauté internationale à obtenir un accord de paix durable. Pourtant, il ne parle que du peuple et du gouvernement américains. Pas un mot sur la mobilisation en Europe, de quoi rebaptiser le documentaire Les Etats-Unis VS Khartoum ! Mais il y a plus grave. Le grand absent ici, c’est avant tout la Chine qui fournit au gouvernement soudanais des armes contre du pétrole. A l’heure où le pays caracole en tête de ses propres Jeux Olympiques, il serait bon de rappeler qu’outre le fait de bafouer les droits de l’Homme sur son territoire, l’empire du milieu est complice de génocide.
David Rich

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