
Cinq après La cité de Dieu, Troupe d’élite nous replonge dans la guerre des favelas de Rio avec les mêmes recettes : violence insoutenable, intrigue captivante et bande son entraînante. Sauf que cette fois, on est du côté de la police. Un fabuleux scandale.
Film brésilien
De : José Padilha
Avec : Wagner Moura, Caio Junqueira, André Ramiro, Fernanda Machado
Genre : Action, cinéma engagé
Durée : 1 h 55
Date de sortie française : 3 septembre 2008
Interdit aux moins de 16 ans
Synopsis
En 1997, les trafiquants de drogue armés règnent sur la quasi-totalité des 700 favelas des collines de Rio de Janeiro. Les policiers sont corrompus ou rongés par la peur. Ils n’interviennent plus. Seul un bataillon d’élite part en guerre dans les quartiers : le BOPE. Ses soldats surentraînés affrontent les trafiquants dans un combat sans merci. Ils risquent leur vie chaque jour pour démanteler les réseaux criminels. Pour survivre, ils se sont transformés en as de la gâchette qui répandent la terreur dans les favelas.
Leur capitaine, Fernando Nascimento, est fatigué de risquer sa vie pour le BOPE. Sa femme est enceinte et il souhaite mener une vie moins dangereuse. Mais avant de partir, il lui faut choisir et former son successeur. Il pense à Neto et Matias. Ces deux jeunes recrues sont des amis d’enfance. L’un est un fonceur imprudent, l’autre un idéaliste qui refuse de transiger sur ses idéaux de justice. A eux deux, ils seraient parfaits pour le poste. Séparément, il n’est pas sûr qu’ils restent vivants très longtemps.
Notre avis
Troupe d’élite s’inscrit dans une longue série de films traitant de la violence urbaine liée au trafic de drogue à Rio de Janeiro, l’une des villes les plus violentes du monde. Le plus célèbre d’entre eux reste La cité de Dieu, réalisé en 2003 par Fernando Meirelles. Issu du même producteur, ce film culte relate comment la guerre des trafiquants des années 1970 a démarré dans la favela du même nom.
Outre son thème, Troupes d’élite partage de nombreux autres aspects avec l’œuvre de Fernando Meirelles : l’esthétisation réaliste d’une violence insoutenable vouée à dénoncer une réalité inacceptable couplée à une intrigue prenante narrée par un personnage attachant et une bande son originale qui permettent au spectateur de supporter ces images oppressantes.
En dépit de ces nombreux points communs, on ne peut réduire Troupe d’élite à une pâle copie de La cité de Dieu. L’œuvre de José Padilha traite certes d’un thème récurrent, mais adopte un point de vue singulier : celui d’une police en crise et impopulaire. Elle montre que les forces de l’ordre ne forment pas un bloc neutre et homogène dans cette guerre qui les submerge. Il y a ceux qui se corrompent, parfois seulement parce qu’ils n’ont pas les moyens de survivre autrement. Et les têtes brûlées qui choisissent de partir au front. Ces idéalistes qui manquent de moyens finissent par se changer en soldats redoutables. On estime que près de 3 000 personnes meurent chaque année sous leurs balles dans l’Etat de Rio de Janeiro. Et pourtant, ils semblent les victimes d’une société fragmentée, engagées dans une quasi-guerre civile qui les dépasse.
De quoi susciter une polémique. D’autant que les faits relatés dans l’œuvre de José Padilha se veulent véridiques : ils sont tirés du récit d’un capitaine du BOPE, qui avait livré son point de vue inquiet et désenchanté sur cette unité prestigieuse, il y a trois ans, dans un roman autobiographique du même nom. Avant même sa sortie au Brésil l’an dernier, la critique scandalisée avait dénoncé l’angle ambigu de Padilha. Certains y ont vu une apologie du fascisme et de la dictature militaire dont le Brésil ne s’est pas encore bien remis. Mais tout comme les millions de spectateurs brésiliens qui ont ovationné ce film, le jury du festival de Berlin a finalement choisi, en lui attribuant l’Ours d’or, de laver cette œuvre engagée de ces accusations.
Elise Grandjean
