
Dans ce thriller islandais, un officier de police tente de résoudre un meurtre en apparence banal mais dont les causes s’étendent sur plusieurs générations. Un film noir qui rouvre le débat sur l’utilisation de la recherche génétique en Islande.
Film islandais
De : Baltasar Kormakur
Avec : Ingvar Eggert Sigurðsson, Ágústa Eva Erlendsdóttir, Björn Hlynur Haraldsson
Genre : thriller
Durée : 1 h 34
Date de sortie française : 10 septembre 2008
Synopsis
Un homme est retrouvé mort dans sa maison à Reykjavik, la capitale de l’Islande. Une affaire banale selon l’inspecteur Erlendur qui pense pouvoir clore le dossier rapidement. Mais l’enquête préliminaire est peu concluante : la victime se révèle être un routier solitaire, adepte de pornographie, sans famille ni amis. Pour élucider ce meurtre mystérieux, Erlendur va enquêter sur le passé du défunt et déterrer des secrets de famille vieux de plusieurs décennies.
Notre avis
L’Islande, son ciel gris, ses bâtiments austères, ses fast-food qui servent de la tête de veau au drive in… L’atmosphère de Jar City tient en un mot : DEPRESSION ! C’est ce décor particulier que Baltasar Kormakur a mis à profit pour filmer un thriller sombre et glauque.
Après s’être fait un nom aux Etats-Unis avec Crime City (2004), un film américain avec Forest Whitaker, le réalisateur islandais est retourné dans sa ville natale pour adapter le roman policier Jar City au cinéma. L’officier de police Erlendur (Ingvar E. Sigurðsson) tente de résoudre une mystérieuse affaire de meurtre. Pour cela, il se rend à Jar City, un gigantesque laboratoire spécialisé dans la recherche génétique qui a accès aux dossiers de tous les Islandais. Le rythme du film est lent, comme pour refléter la plate existence de ses protagonistes. Le « héros » du film vit seul dans un petit appartement perché au dernier étage d’une barre d’immeubles. Sa fille est une junkie enceinte qui vient régulièrement lui réclamer de l’argent. La plupart des personnages qu’il est amené à rencontrer lors de son enquête sont rongés par la rancœur et l’amertume.
Malgré une histoire plutôt basique, l’enquête devient vite compliquée et difficile à suivre. Alors que Erlendur reconstruit l’arbre de famille de la victime et tente d’établir des connections avec le meurtre, les personnages se multiplient et on finit par ne plus savoir qui est qui. Non content de filmer une histoire morbide dans un décor morose, le réalisateur fait dans la surenchère en filmant ses personnages en gros plan, en train de manger, parfois à quelques mètres à peine des cadavres. On frôle le mauvais goût.
Mais le réalisateur sauve Jar City du naufrage grâce à trois cartes maîtresses. Tout d’abord, un humour noir bien balancé qui provoque le rire dans les situations les plus improbables (par exemple, lorsque le jeune partenaire d’Erlendur fait du porte-à-porte à la recherche d’une mamie qui se serait fait violer trente ans plus tôt). Ensuite, il y a le cadre. A travers quelques plans aériens somptueux, le réalisateur souligne le contraste entre un monde citadin froid et moderne et la nature luxuriante d’une campagne laissée aux frontières du progrès. Enfin, le réalisateur remet en question un aspect très sensible de la société islandaise : la recherche génétique. Dans ce pays nordique, un laboratoire possède tous les dossiers médicaux des habitants. Une formidable opportunité pour les malades en attente de greffe mais qui suscite de nombreuses interrogations quant à l’utilisation des informations génétiques de la population. Doit–on avoir recours à la recherche génétique pour élucider des crimes ? Doit-on l’utiliser pour révéler des secrets de famille cachés pendant des décennies? Quels effets de telles découvertes peuvent-elles avoir sur la société ? Jar City pose les questions sans jamais apporter de réponse, laissant à chacun le soin de se faire son opinion.
David Rich

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