Deux jours à tuer
Film françaisAntoine a tout pour être heureux. Une femme magnifique, de beaux enfants, une maison luxueuse et un travail prestigieux. Pourtant, quelque chose cloche. Sa petite vie parfaite l’ennuie profondément et il décide de partir, de tout quitter, à la surprise générale.
Deux jours à tuer fait partie de ces films sur lesquels il est difficile d’écrire tant il est primordial d’en conserver le suspense. Derrière la caméra, on retrouve Jean Becker, le réalisateur de Dialogue avec un jardinier (2007) et Les enfants du marais (1998). Ce nouveau film est l’adaptation du livre éponyme de François D’Epenoux. L’adaptation d’un roman pour le grand écran est un exercice aussi couru que risqué. Certains réalisateurs, soucieux de préserver l’œuvre originale, se perdent en détails. D’autres, en sélectionnant, passent à côté de l’essentiel. Jean Becker, lui, est plutôt du genre concis. Le film dure à peine 1 h 25 et va droit à l’essentiel.
Antoine est directeur artistique d’une agence de communication. Lors d’une réunion avec l’un se ses principaux clients, un producteur de yaourts, il craque et décide de quitter son job. Cette scène très réussie n’est pas sans rappeler 99 F, le film de Jan Kounen dans lequel Octave, un publicitaire chevronné, se rebelle contre sa profession et sabote sa propre campagne. On croit alors comprendre la lassitude d’Antoine, un fin communicateur voué à faire vendre des produits sans intérêt à coup de slogans accrocheurs.
Mais le mal du personnage principal est bien plus profond. Une fois chez lui, il se dispute avec sa femme et décide de quitter le foyer pour une période indéterminée. De la compréhension, on passe à l’étonnement et il devient difficile de cerner le personnage. Cette impression ne fera que s’accroître par la suite. Antoine persiste à rejeter tout ce qui jusqu’ici constituait sa vie.
La performance d’Albert Dupontel est remarquable. Il faut dire que l’acteur s’est vu offrir un rôle en or. Tout tourne autour de son personnage, la caméra le suit partout, comme pour percer son mystère.
Crise de la quarantaine, folie passagère ou insatisfaction prolongée ? On ne sait que penser. Le film de Jean Becker est un chemin parsemé d’indices. Certains trouveront des raccourcis vers une fin qu’ils jugeront prévisible. Tous devraient néanmoins être séduits par l’atmosphère particulière du film, son rythme soutenu et son casting convaincant, de l’acteur principal aux seconds rôles les plus discrets.
David Rich