J’ai testé… l’adoption d’un mec sur Internet !N’avoue jamais, disait la chanson. Moi, j’avoue sans honte : il y a quelques années, je me suis offert une petite virée sur des sites de rencontres. Pour un article, pas pour moi, ça va de soi ! Pas d’âme sœur ou de coup de cœur au bout du fil… de l’ordi, mais beaucoup de propositions dans ma boîte de réception. Je me rappelle de : etranger44 qui rêvait de sceller une alliance avec moi (et avec la France) ; de libertin21 qui m’invitait (en vain) à des chats coquins, de djeunesromantic, qui me contait fleurette, à coup de “ T mortel bel, lol, mdr, tmdr ”. Autant dire que je n’ai qu’une envie : récidiver… mais sur un autre site ! Une copine, mine de bonnes infos, me refile ses tuyaux : elle virtual-drague sur adopteunmec.com, le site des hommes-objets à câliner. J’adopte… l’idée !
Seule la beauté intérieure compte, tout le monde le sait ! Mais ce n’est pas une raison pour boycotter sa fiche de renseignements physiques. Je ne suis pas sur Second life. Ici, les inscrits, je risque de les rencontrer dans la vraie vie. Impossible donc de me faire passer pour le sosie de Monica Bellucci. Je donne mon vrai poids, ma vraie taille… croyant avoir rempli le pire. Croyant, seulement !
Après quelques banalités livrées sur ma personnalité (mes cinq livres ou films préférés), je passe à un interrogatoire beaucoup plus… intime ! En haut, je suis plutôt : guêpière, bustier, cache-tétons, nue sous mon pull ? En bas : porte-jarretelles, string dentelle, petites culottes en coton ? Mes pratiques sexuelles : strip-tease, webcam, à trois ? Mes accessoires préférés : gode, menottes, fruits et légumes ? Bon, disons que je répondrai plus tard… ou jamais !
Me voilà enregistrée comme une nouvelle cliente à satisfaire : les portes du supermarché (virtuel) de l’amour (ou du sexe ?) me sont ouvertes. A vrai dire, on est plutôt dans une boutique réservée aux filles. Car ce sont elles qui tiennent les rennes du caddie. Ou plutôt du panier dans lequel elles empilent les hommes-objets sélectionnés.
Première étape : le repérage, à partir du catalogue normal ou des pages spéciales, promos du jour et produits régionaux.
Deuxième étape : le décorticage des fiches produits. Je regarde l’emballage, plus ou moins bien conçu. En avant l’étalage de chair fraîche de mecs prêts à tout pour se vendre ! Puis le descriptif : détails pratiques (lit une place ou king size), fonctions utiles (plomberie, cuisine, massage, jardinage), accessoires fournis (voiture, scooter). Et enfin l’annonce-promotion de ces messieurs qui, ma foi, jouent le jeu de la vente on line.
Je n’ai pas tellement le temps de jouer les clientes exigeantes : je dévalise les rayons sans étude comparative, et remplis mon chariot pour les dix décennies à venir…
Dans la vraie vie, les produits ne choisissent pas dans quel chariot ils vont atterrir. Ici, c’est pareil : les mecs peuvent envoyer un charme (= flash sur Meetic ou poke sur Facebook) aux filles mais pas de mails. A moins de figurer parmi les heureux élus de leur panier. Avec mon happy few qui n’est pas few du tout, les messages ne tardent pas à pleuvoir en masse. Et on y trouve de tout. Du (gros) lourd : “ Alors, quand est-ce que tu passes dans ma cabine d’essayage ? ”. Du gentil-soporifique : “ Bonjour, j’aime beaucoup ton profil, tu l’air très gentille et très jolie, qu’est-ce que tu fais dans la vie ? ”. Puis X., qui m’écrit : “ Bonjour, vous avez choisi le produit X et je vous en félicite. Pour plus d’informations, n’hésitez pas à me contacter. Bien à vous chère cliente ”. Message tout fait ? Oui, mais il ne m’a pas (encore) endormie.
Je m’enquiers de l’historique de l’entreprise, des points forts et faiblesses du produit, de la recherche de partenaires… Réponse : “ Chère cliente, notre produit X, fruit de longues années de recherche, présente toutes les garanties de fiabilité, de bon fonctionnement et d’endurance, que vous êtes en droit d’attendre. Merci de nous indiquer vos attentes en la matière afin d’effectuer les réglages nécessaires et personnalisés. A moins que vous ne préfériez que nous ne finalisions notre discussion… dans l’arrière-salle de réunion. Dans l’attente de votre réponse, recevez, mademoiselle, l’expression de mes sentiments les meilleurs. L’Equipe. ” Euh, je ne veux rien finaliser du tout, moi ! Je veux bien laisser sa chance au produit, mais pas l’acquérir n’importe comment…
Messages dans ma boîte de réception : plein !
Rencontres : 0.
Ma conclusion : adopteunmec.com, un site anti-macho, voire féministe, qui retournerait les codes de la femme-objet… contre les hommes ? Non ! Je dirais juste que garçons et filles s’en amusent. En dehors de quelques machos-paranos qui ne supportent pas d’être traités comme un vulgaire toutou qu’on couche dans son panier. Et qui luttent, avec leurs faibles moyens (droit de se retirer du chariot) contre cette nouvelle classe dominante quand elle les laisse dans un coin. Adopteunmec.com, un site qui dit tout haut ce que les autres sites de rencontres pensent tout bas ? Oui, les inscrits viennent faire leur shopping dans un grand supermarché en ligne. Oui, ils choisissent leurs produits en fonction du packaging, du prix… Et ici, on le dit sans mauvaise foi, sans se voiler la face. Ce qui permet aux affamés de vite se démasquer, aux comiques de sortir leur carte fétiche du second degré, et aux romantiques… de sortir du lot ?
Florence Martin