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La sexualité des français à l'étude

La sexualité des français à l'étudeLa sexualité des français à l'étude

Réalisée à l'initiative de l'Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS), sous la responsabilité de l’institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Institut national d’études démographiques (INED), une grande enquête sur le contexte de la sexualité en France a été rendue publique le 13 mars dernier.
Entre le 27 septembre 2005 et le 24 mars 2006, 12364 hommes et femmes de 18 à 69 ans ont été interrogés par téléphone sur leur sexualité afin d’aboutir à une grande enquête sur « Le contexte de la sexualité en France » dont les premiers résultats viennent d’être rendus publics. Depuis plus de trente ans, c’est seulement la troisième enquête nationale sur les comportements sexuels en France (après celle de 1970 et une autre en 1992).
Il est donc intéressant de se pencher sur quelques unes des premières conclusions qui mettent en évidence des transformations profondes dans les comportements mais une représentation de la sexualité qui, elle, n’a pas trop évoluée.

L’âge

En un demi siècle, l’âge du premier rapport chez les hommes et les femmes s’est rapproché puisqu’il a baissé en moyenne d’un an et demi pour les hommes (est passé de 18.8 à 17.2 ans) et de trois ans pour les femmes (est passé de 20.6 à 17.6 ans !).
Ce sont donc ces dernières qui ont vécues les plus grands changements et ce, indépendamment de mai 68 selon le rapport qui précise que « la baisse de l’âge au premier rapport a débuté avant que les moyens de contraception médicale ne se diffusent. »
Enfin notons qu’il n’y a plus que 20% des femmes et 6% des hommes de 20 à 24 ans à s’être mis en couple avec leur premier amour (contre 70% des femmes et 33% des hommes de 60 à 69 ans).

Le nombre de partenaires

Là, il y a un fossé entre les hommes et les femmes. Seules 10.9% des femmes déclarent avoir eu au moins 10 partenaires au cours de leur vie contre 35.4% des hommes. Malgré tout les femmes ont en moyenne d’avantage de partenaires sexuels que leurs aînées avec 4.4 partenaires en 2006 contre 3.3 en 1992 et 1.8 en 1970 (le chiffre est stable pour les hommes : 11.6).
Cette différence correspond bien aux représentations sociales qui attribuent aux femmes une sexualité affective et aux hommes une sexualité axée sur le désir et la dimension physique.
En tout cas, concernant les tromperies peu les confessent : 2.8% des femmes et 5.3% des hommes déclarent avoir trompé au moins une fois leur partenaire au cours des 12 derniers mois.

La fréquence

Les français ne font pas plus l’amour qu’il y a 37 ans : depuis 1970 hommes et femmes déclarent en moyenne 8.7 rapport par mois. Mais les périodes  sans activité sexuelle ne sont pas exceptionnelles puisque 16% des femmes et 15% des hommes en couple depuis plus d’un an n’ont eu aucun rapport  sexuel pendant au moins 3 mois consécutifs. Et ce chiffre augmente avec la durée de la relation…Et vous, ça va votre couple ?

En revanche, les femmes de plus de 50 ans annonce maintenant à 90% avoir eu une activité sexuelle dans les 12 derniers mois alors qu’elles n’étaient que 53% à le déclarer en 1970 et 77% en 1992.

Les pratiques sexuelles

Même si les rapports hétérosexuels restent majoritaires, 4% des femmes et 4.1% des hommes indiquent avoir déjà eu des pratiques homosexuelles. Ce chiffre fluctue selon le milieu et le lieu de résidence (les personnes vivant en agglomération sont plus nombreuses à avoir eu ces pratiques que celles vivant en milieu rural).
Mais les préjugés ont la vie dure et si la majorité des personnes considèrent que l’homosexualité est « une sexualité comme les autres », 21% des 18-24 ans et 40% des 60-69 ans la considère « contre nature ».

Le sexe oral est lui en plein essor : 80 % des femmes déclarent avoir expérimenté le cunnilingus et la fellation alors qu’en 1992, elles étaient 48% des 55-69 ans à n’avoir jamais pratiqué de fellations. Ces pratiques sont « devenus une composante très ordinaire du répertoire sexuel. »

Si la masturbation n’est expérimentée que tardivement et par 60% des femmes, elle constitue pour les hommes « une sorte de tout premier contact avec la sexualité »puisqu’ils sont 90% à l’avoir pratiquée.

Quand à l’échangisme, contrairement à ce que l’on peut lire dans les magazines, il est peu répandu, concernent surtout les personnes entre 25 et 49 ans et particulièrement les hommes. En effet, sur les 1.7% de femmes disant avoir fréquenté un lieu échangiste, seule une sur trois a eu des rapports, contre trois hommes sur cinq des 3.6% à s’être rendu dans  ces lieux.
Enfin, le recours à la prostitution ne diminue pas puisqu’en 2006, 3.1% des hommes ont eu un rapport payé (ils étaient 3.3% en 1992).

Le désir

Sans que cela représente un « problème pour leur sexualité », 29% des femmes et 20.1% des hommes ont  eu une absence ou une insuffisance de désir sexuel au cours des 12 derniers mois. Il s’agit particulièrement de difficultés à atteindre l’orgasme pour les femmes et de problèmes d’érection pour les hommes.

Le préservatif

Sida oblige, l’usage du préservatif est très courant chez les jeunes avec 89% d’entre eux qui l’utilisent au premier rapport. Par contre l’utilisation de la capote est loin d’être systématique chez les personnes rencontrant un nouveau partenaire dans l’année. 34.3% des femmes et 28.3% des hommes ne se protègent pas.
Mais 50.2% des femmes et 45.2% des hommes disent avoir effectué au moins un test de dépistage du sida au cours de leur vie ce qui est près de deux fois plus qu’en 1992.

La représentation de la sexualité

Elles ne sont que 28% des 18-24 ans à penser « que l’on peut avoir des rapports avec quelqu’un sans l’aimer »  alors qu’ils sont 57% des garçons du même âge à le penser. Pourquoi ? Car selon les chercheurs « les positions féminines évoluent peu, traduisant la pérennité de l’injonction sociale à une inscription dans la vie conjugale ». Ainsi, une différence de point de vue est enregistrée entre les hommes et les femmes s’inscrivant « dans une vision du monde qui voit dans la biologie la cause essentielle des différences hommes –femmes en matière de sexualité ». Ainsi, 75% des femmes et 62% des hommes adhèrent à l’idée selon laquelle les hommes auraient « par nature plus de besoins sexuels que les femmes » et 43% des hommes et 31% des femmes pensent que la sexualité est plus indispensable à l’équilibre personnel des hommes. 

 

En conclusion, « l’importance que les individus accordent au fait d’avoir une vie sexuelle a augmenté depuis les années 70 mais la place et le sens attribués à la sexualité continuent à se conjuguer de manière très différente au féminin et au masculin. Alors que les comportements sexuels se rapprochent et que l’aspiration à  l’égalité n’a jamais été aussi forte, de nouvelles tensions entre pratiques et représentations sociales se font ainsi jour. »

Anna Mermaz

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