Le voile des illusions Il est des films où l’on se rend à reculons, tellement l’intrigue et la facture s’annoncent prévisibles. Un couple d’acteurs qui fait rêver (Naomi Watts et Edward Norton), une destination exotique (la campagne chinoise des années 20) et une histoire d’amour contrariée et dramatique. Sur le papier, Le voile des illusions possède déjà tous les ingrédients du énième mélo hollywoodien bien huilé. Et l’on se laisse en effet glisser aux côtés de l’héroïne dans la douce torpeur d’un scénario – ou d’une vie- sans surprise. Du moins en partie.
Car heureusement pour elle –et pour nous- cette adaptation du roman La passe dangereuse de Somerset Maugham a d’autres atouts.
Plus sombre et plus profonde qu’une bluette classique, cette machiavélique histoire de vengeance conjugale débouche sur une lumineuse rédemption du couple, abordant au passage des thèmes complexes toujours d’actualité : choc social, choc culturel, égocentrisme, douleur de la trahison, pardon, acceptation de l’autre…
Jouant avec virtuosité sur toute la palette des émotions dans les rapports amoureux, les deux comédiens vedettes réussissent merveilleusement bien à faire évoluer leur personnage respectif entre détestation et passion, entre sexe et sentiments. Sensuelle, capricieuse, immature et indépendante, Naomi Watt (Mulholland drive, 21 grammes) incarne avec bonheur la femme-enfant gâtée qui va se découvrir une force et une grandeur d’âme insoupçonnées. Face à elle, tout en nuances, l’impeccable et impressionnant Edward Norton (Fight club, The illusionnist) joue à la perfection les transformations physiques et morales du scientifique rationnel et froid, blessé, limite psychopathe mais fou amoureux de sa femme.
Enfin, une photographie léchée, tournée en décors naturels, et des paysages à couper le souffle achèvent de donner au film l’air dont il avait besoin. Et d’en faire, malgré quelques ratés (la comptine A la claire fontaine en bande-son qui alourdit le rebondissement final, entre autres), le plus beau des voyages : celui qui rapproche deux personnes.
Que demander de plus ?