Mise au point sur les notions de déviances sexuelles
La seule sexualité qui soit dans la norme au sens stricte du terme nous explique le Sexologue Erick Dietrich : « c'est le rapport sexuel entre un homme et une femme où il y a pénétration et qui ne dure que quelques secondes ». C'est la norme biologique de la procréation. Pour mieux appréhender les notions de déviances et de perversion, celui-ci nous explique qu' « Il y a un instinct qui est celui de se nourrir que l'on a perverti pour en faire la gastronomie. De la même manière, il y un instinct qui est celui de se reproduire, on l'a perverti pour en faire l'érotisme, la sexualité que l'on connaît tous et qui est très agréable. »
Une fois que l'on est sorti de cette norme biologique, nous nous trouvons dans la sexualité.
Pourquoi parlerions-nous alors de déviances ou de perversion... ?
Mettre par exemple le terme de perversion sur des rapports extra conjugaux ou sur du triolisme, est quelque chose qui rend inévitablement les gens malades parce qu'ils vont se dire « je suis pervers ».
Alors que non, ils ne sont pas pervers explique le sexologue. Ils ont simplement envie d'avoir un rapport extra conjugal.
En quoi est-ce interdit si ce n'est par la morale ?
Par contre il y a des grandes règles à respecter qui ne sont pas propres à la sexualité mais qui ont trait à la criminalité. L'interdit de l'inceste, de la pédophilie, du viol, du meurtre. Là, ce ne sont pas des déviances ou perversions sexuelles mais bel et bien de la criminalité. De toutes les façons qui soient, c'est illégal, interdit, ça n'a pas à être pratiqué. Et il ne faut pas introduire de confusion entre les gens qui font de l'échangisme et des gens qui sont dans la criminalité.
Ce que l'on classe dans les déviances sexuelles ou soi disant perversions sexuelles, c'est finalement tout ce qui appartient au monde des fantasmes. A l'intérieur va se trouver tout un répertoire de jeux sexuels – et non de perversions – allant des rapports bucco-génitaux au fétichisme en passant par la lingerie, le bondage, les piercings, l'échangisme, le triolisme, le sado-masochisme...
Une nouvelle confusion s'opère alors au moment où l'on va vouloir classer et quantifier ces pratiques pour évoquer le principe de
« minorités sexuelles ».
Il y a une trentaine d'années, Erick Dietrich nous explique avoir fait une thèse sur le thème des fantasmes et des perversions et avoir travaillé entre autre sur l'échangisme. Dans la façon de poser les questions à cette époque, il a retrouvé environ 20% d'échangisme dans la population – ce qui correspondrait à un chiffre de l'échangisme en France aujourd'hui. Cependant, en posant les questions différemment – plutôt que de demander concrètement : « Etes vous échangiste ? », il demanda : « Au cours d'une soirée avez-vous déjà participé à... » –, les statistiques révélèrent tout autre chose. On se retrouvait alors avec 60% de la population qui, au cours de leur vie, avaient déjà pratiqué des rapports à plusieurs. On se rend bien compte alors que l'on ne se situe plus dans un cadre de « minorité sexuelle ».
« La façon de codifier les minorités sexuelles peut laisser à réfléchir sur la nécessité de mettre des gens dans des minorités parce que c'est plus simple de dire ils ne sont que 10% plutôt que d'avouer qu'en réalité, telle ou telle pratique est représentative de 60% de la population. »
Aussi, pourquoi parler de « minorités sexuelles » ? Dire cela, c'est déjà mettre des cases de normalité et d'anormalité. Les minorités sexuelles font-elles parties de la normalité ou alors va-t-on les classer dans l'anormalité ?
L'homosexualité est-elle une minorité ? Est-ce une normalité ... On en arrive à des notions de bien et de mal. Pourtant, de tous temps ont existé ces pratiques sexuelles qui, toutes, appartiennent à l'espèce humaine. C'est pourquoi, le terme de minorité sexuelle est impropre. Mieux vaut parler de « pratiques sexuelles ».
Une question se pose alors : certaines « minorités sexuelles » voulant faire reconnaître leur différence en temps que minorités existantes ne forment-ils pas leur propre ghetto ?
N'hésitez pas à réagir et débattre sur cet article dans le forum de Restonsenforme...