Qu’est-ce qu’un bon coup ? L’avis des femmes…Alors, heureuse ? Dans un film, vous allumeriez une cigarette, caresseriez les cheveux de votre partenaire, et lui demanderiez, regard fier et sourire aux lèvres, si vous l’avez envoyée au septième ciel. Dans la vraie vie, vous ne fumez pas. Et vous passeriez surtout pour, au choix, un ringard, un vantard, les deux à la fois, ou un homme pas très sûr… de son coup ! Comment savoir si vous êtes un bon amant… ou non ? Pour vous mettre sur la piste, nous avons demandé à des filles ce qu’elles appellent un bon (ou un mauvais) coup. Témoignages de femmes et notes du sexologue Gérard Leleu, auteur des livres Le traité des orgasmes* et Comment la rendre folle (de vous) ?**.
J’ai remarqué que les meilleurs amants étaient, bizarrement, des hommes pas trop sûrs d’eux. Plus ils ont la grosse tête, pire c’est sous la couette ! Ils se prennent pour des bombes sexuelles, te promettent le septième ciel mais… tu restes à terre ! Annulation de vol, personne ne décolle, pas même eux j’ai l’impression. Ils se regardent faire l’amour, voire louchent sur la glace : miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est le meilleur coup. Sans se demander si toi tu prends vraiment ton pied.
L’avis du sexologue : Rien de moins agréable que de servir d’objet faire-valoir. Pour l’ego… et le corps. L’homme trop sûr de lui, qui roule des mécaniques, pense que son pénis est le summum du plaisir. L’homme un peu plus timide, un peu plus malhabile, va adapter ses envies et sortir du mode robot automatique. D’autre part, face à un tel étalage de confiance, la femme peut se sentir mauvaise amante. Au contraire, si l’homme n’excelle pas, il n’exigera pas qu’elle soit une championne. Ensemble, ils laissent la place à l’imagination… et à la progression !
Mon bon coup se débrouille pour que je sache (ou que je crois !) qu’il aime plus que tout faire l’amour avec moi. Je crois que j’ai besoin d’être rassurée pour pouvoir me lâcher ! Et pour me mettre en confiance, rien de mieux que des compliments à la chaîne. J’aime qu’un homme me dise que je suis belle et sexy, qu’il adore mon corps et mes formes. Mais ça ne passe pas que par le langage parlé ! Il peut me le faire comprendre autrement : me regarder intensément, me caresser sous tous les angles…
L’avis du sexologue : Ce n’est pas du bête narcissisme. Se sentir désirée, c’est sortir de l’objet. Si l’autre nous considère, on peut être soi-même, se laisser aller à prendre du plaisir… et jouir. Pour les femmes, c’est toujours une épreuve d’être regardées, elles ont peur d’être jugées. J’ai rencontré des filles qui se pensaient laides parce qu’elles avaient deux millimètres de cellulite ! A son partenaire de trouver les bons compliments pour qu’elle se sente belle. C’est la clé pour arriver à entrer dans son intimité… et une bonne tactique pour des mauvais séducteurs ou des hommes pas très talentueux dans l’art amoureux !
Etre un bon coup, c’est, comme le dit si bien Florent Pagny, savoir aimer sans rien attendre en retour C’est-à-dire se montrer attentif au plaisir de la fille sans forcément espérer qu’elle rende la monnaie de sa pièce. Et je trouve que, malheureusement, beaucoup d’hommes fonctionnent au donnant-donnant.
L’avis du sexologue : Beaucoup de filles se plaignent de l’égoïsme de leurs partenaires : les trop rapides qui ne cherchent que la jouissance, les pas attentifs qui n’écoutent que leur plaisir. Et les calculateurs, qui attendent qu’on leur renvoie l’ascenseur. Ils n’ont pas encore compris qu’aimer, c’est plus donner que prendre ou recevoir. Et qu’en amour, il n’y a pas d’obligation ni de comptes à tenir.
Le bon amant prend son temps. Même s’il est pressé, même s’il est très excité, il ne saute pas la case préliminaires et sort la carte tendresse. Rien de pire que les footballeurs qui vont droit au but et sans les mains ! J’ai du mal à démarrer au quart de tour, surtout à froid : il faut qu’on me chauffe, que ça monte crescendo…
L’avis du sexologue : Sa requête de préliminaires s’explique par des raisons physiques. Les corps érectiles de l’homme sont visibles, palpables et tous réunis dans sa verge. Ceux de la femme sont intérieurs et dispersés entre clitoris, gaine, vagin, urètre… Il faut prendre le temps de faire monter le taux d’excitation pour que la fille soit prête à décoller elle aussi. Comment ? En caressant longuement le sexe, les zones érogènes, mais aussi la peau toute entière.
Un bon coup ne fait pas l’amour comme dans les livres ou dans les films. Il ne se dit pas : là je dois faire ci, là je dois faire ça, changer de positions toutes les trois secondes, passer en revue toutes les pages du kama sutra. Il prend du recul par rapport à la norme sociale, il n’a pas d’idées toutes faites sur ce que les femmes aiment ou pas. Et s’il ne sait pas, il demande, tout simplement ! En gros, il est dans l’expérience et non dans la performance.
L’avis du sexologue :Les femmes répètent souvent ce genre de phrases dans les enquêtes. Et je les comprends ! L’homme n’a pas en face de lui une partenaire mais un objet avec qui il réalise ce qu’il a appris ou vu dans des films X. Le but n’est pas d’être ensemble ni de partager un beau moment mais de jouer, comme un acteur, au bon amant. D’ailleurs, il n’est pas vraiment présent : il essaie de se souvenir de la bonne technique à appliquer mais ne s’adapte pas à la femme qui est là. Et n’innove pas : il est dans l’imitation et non dans la création. L’amour est un art, pas une technique !
La recette du bon coup ? Un mélange bien dosé de douceur et de brutalité. Le must du must ? Un homme qui me caresse tendrement… avant de me pénétrer sauvagement. Un jour, il est très attentif à mon petit plaisir, un jour il m’attrape sur la table de la cuisine, sans même prendre le temps d’enlever mes habits. Parfois, les préliminaires durent des heures et des heures, parfois, il n’y en a pas. Le côté imprévisible et imaginatif permet de créer la surprise et de ne pas s’ennuyer. Mais surtout, ce genre d’hommes me donne l’impression de me posséder et de me protéger en même temps.
L’avis du sexologue : Les femmes attendent d’être prises tendrement puis à la hussarde. Elles aiment mélanger, alterner et jouer avec les deux facettes de leur partenaire. D’un côté : la bête un peu brutale, un peu sauvage ; de l’autre : la douceur. Difficile (mais pas impossible !) de synthétiser les deux. On peut montrer de la tendresse dans les caresses et de la brutalité dans la manière de serrer, de bouger, de pénétrer. Idem pour les baisers : on peut embrasser doucement, ou sauvagement. L’homme nouveau doit apprendre à réconcilier ses pôles féminins et masculins : être viril mais pas macho, sensible mais pas efféminé. L’agressivité ne doit pas sortir de la relation sexuelle. Et la tendresse ne pas trop y rentrer, au risque de passer pour de la mollesse.
* Leduc.s Editions, 2007, 17,10 euros.
** Leduc.s Editions, 2008, 5,61 euros.
Propos recueillis par Florence Martin