Qui peut vivre en couple libre ? Alors que la plupart d’entre nous placent la fidélité au centre des valeurs du couple, certains font fi de cette exclusivité. Ces partenaires, souvent très amoureux, assument pleinement les aventures qu’ils ont en dehors de leur couple. Quelles raisons les poussent à choisir ce mode de vie libertin ? Comment gèrent-ils leurs sentiments de jalousie ? France Hermitte, psychologue à Paris, nous éclaire sur ces couples hors normes.
France Hermitte : Tout le monde ne peut pas vivre une relation libre. J’ai d’ailleurs rencontré très peu de personnes dans ma carrière qui m’ont fait part de cette expérience. Il est certain que les natures jalouses sont incapables d’assumer une telle relation. Le sentiment d’abandon qui les a conduits à une nature possessive les empêcherait de se sentir en sécurité. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas déterminer un type de personnalité capable d’assumer une relation ouverte. C’est toujours le résultat d’une histoire particulière qui, petit à petit, amène une personne à vivre une telle relation.
F. H. : Dans la plupart des cas, la relation libre va être imposée par un partenaire à l’autre : on fonctionne comme ça, et si tu n’es pas satisfait, tu n’as qu’à partir ! Une relation qui repose sur de telles bases peut perdurer un certain temps mais la situation finit par exploser dans la grande majorité des cas. Le partenaire qui s’est vu imposer la relation libre sature et s’en va. Toutefois, on voit aussi des couples qui passent ce contrat ensemble. C’est souvent le cas de personnes qui restent en couple parce qu’elles sont complices et ont beaucoup d’affection l’une pour l’autre, mais ne ressentent plus d’attirance sexuelle. Elles décident alors d’un commun accord d’aller vivre leur vie sexuelle ailleurs.
F. H. : A priori, il est certain que ce genre de relation semble en contradiction avec la volonté d’engagement et de symbiose qui résulte du sentiment amoureux. Mais la relation libre n’est pas forcément un refus de l’engagement. Dans beaucoup de cas, elle est simplement un refus de l’enfermement : une peur de se priver d’autres expériences ou même la volonté de connaître autre chose pour enrichir la relation de couple.
F. H. : Sans aucun doute. Il y a eu de grands changements dans les mentalités en une génération. La vie sexuelle des jeunes d’aujourd’hui n’est pas du tout la même que celle de leurs parents. Elle est plus libérée. Elle est surtout “ déromantisée ” : les jeunes garçons, surtout, mais aussi les jeunes filles, associent de moins en moins le sexe à l’amour. Ils ont moins d’attentes. Les rapports sexuels sont plus faciles et plus simples. Le sentiment de jalousie, lui, est purement lié à l’affect. Voilà pourquoi une personne qui dissocie le sentiment amoureux du sexe se sentira davantage concurrencée par la complicité que son partenaire peut avoir avec d’autres personnes que de ses rapports sexuels. Tant que ces aventures restent purement sexuelles, elles n’engendrent pas de jalousie.
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Propos recueillis par Elise Grandjean